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Avortement au Bénin : quand l’inégalité d’accès trahit les jeunes
La légalisation de l’avortement, une avancée historique au Bénin. Pour les jeunes, notamment en zones rurales, c’est une injustice sociale flagrante
Grâce vit dans une commune rurale du nord Bénin. À 19 ans, tombée enceinte en terminale, elle a vu ses projets d’avenir brutalement stoppés. Pendant ce temps, une amie à Cotonou a pu, elle, bénéficier d’un avortement sécurisé. Deux jeunes femmes, deux parcours similaires, deux réalités diamétralement opposées. Ce contraste illustre une vérité dérangeante : l’avortement au Bénin, bien qu’inscrit dans la loi, reste un droit à plusieurs vitesses. Et derrière chaque chiffre, chaque loi, il y a des visages, des histoires, et une urgence : celle de la justice sociale.
L’avortement sécurisé, un droit reconnu… mais réservé à quelques-uns ?
Depuis la modification de la loi sur la santé sexuelle et reproductive en 2021, le Bénin est devenu l’un des pays les plus progressistes d’Afrique de l’Ouest en matière d’avortement. La loi autorise désormais l’IVG dans des cas élargis, notamment en cas de détresse morale, matérielle ou éducative. Mais ce droit, censé être universel, est loin d’être appliqué de manière équitable. En ville, l’information circule, les centres de santé sont plus proches, et les réseaux d’entraide plus accessibles. À la campagne, en revanche, beaucoup de jeunes ignorent leurs droits ou n’ont pas les moyens d’y accéder. La loi existe, mais elle ne traverse pas les frontières sociales et géographiques.
« Si j’étais née dans une autre famille, dans une autre ville, ma vie aurait peut-être été différente. » affirme une jeune fille à l’âge de 19 ans, résidante dans une commune rurale du nord Bénin
Le poids des mythes et du silence
Dans de nombreuses communautés, l’avortement reste un sujet tabou, chargé de culpabilité et de peur. Ce silence assourdissant nourrit des mythes dangereux tels que : « Tu seras stérile », « Tu es une pécheresse », « Tu ne trouveras jamais de mari ». Des phrases entendues et répétées, parfois par des proches, des enseignants, ou des figures religieuses. Pour les jeunes filles comme pour les garçons, ces croyances creusent un fossé entre la loi et la réalité. Pire encore, elles poussent certains(es) à choisir la clandestinité, avec des conséquences parfois dramatiques.
Témoignage :
« Ma copine est tombée enceinte. On n’avait pas les moyens, et elle ne voulait pas abandonner ses études. On a cherché des informations, mais on s’est retrouvés face à des jugements. Finalement, c’est une amie qui nous a orientés. Sans elle, je ne sais pas ce qui serait arrivé. » Arnaud, 22 ans, Porto-Novo
Une affaire de justice, pas seulement de santé
Trop souvent perçu comme un simple débat moral ou médical, le droit à l’avortement est avant tout une question de justice sociale. Pourquoi une adolescente de Cotonou aurait-elle plus de chances de choisir son avenir qu’une autre vivant à Natitingou ou Savalou ? Pourquoi l’accès à un soin essentiel dépend-il encore du code postal, du statut social ou du niveau d’information ?
Le combat pour la justice reproductive, c’est celui pour l’égalité des chances. Car refuser ou rendre inaccessible l’avortement sécurisé, c’est exposer certaines jeunes à la précarité, à la marginalisation, voire à la mort.
La jeunesse lève la voix
Les jeunes Béninois(es) ne sont pas dupes. Ils et elles savent que la loi ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée de moyens réels, d’information claire, de personnels formés et d’une volonté politique ferme. Ils demandent une société qui écoute, qui informe sans juger, qui protège sans discriminer. Il est temps d’ouvrir des espaces de dialogue dans les écoles, dans les familles, dans les médias. Il est temps d’exiger des services de santé accessibles partout, pour tous. Il est temps de faire tomber les murs du silence.
Une jeunesse qui refuse l’injustice
L’avortement sécurisé n’est pas un luxe, ni un privilège. C’est un droit. Et c’est aussi un levier essentiel pour l’égalité sociale. En refusant à certains jeunes l’accès à ce droit, c’est toute une génération qu’on condamne à l’injustice. Soutenir les jeunes, c’est garantir qu’aucun avenir ne soit compromis par ignorance, pauvreté ou peur. C’est faire de la loi une réalité, pour tous, partout.
